104 Syndrome de Déficience Proprioceptive et Dyslexie
On parle beaucoup, dans les milieux de l’orthophonie, de cette théorie qui lie la dyslexie à un déficit postural (Syndrome de Déficience Proprioceptive ou SDP). Voyez par exemple
ICI : on n’hésite pas à dire que « le traitement de plus de 1000 dyslexiques réalisé en
cabinet de ville et la constatation des résultats permettent déjà d'espérer que le traitement du SDP chez le dyslexique soit une des voies de guérison de ce trouble qui touche plusieurs centaines
de milliers d'enfants en France ». Cet engouement est aujourd’hui renforcé par la naissance du Centre
ProDys à Paris.
ProDys se présente d’emblée comme un lieu de dépistage, diagnostic et traitement de la dyslexie ou comme un Centre médical dédié au soin de la dyslexie. Cependant, si l’on regarde plus loin, on
voit que « le centre regroupe en un même lieu les différentes compétences nécessaires au dépistage, au diagnostic et à la prise en charge du syndrome de déficience proprioceptive (S.D.P.), cause de
nombreux cas de dyslexie ». ProDys n'aurait donc rien à voir avec le traitement de la dyslexie malgré son nom. Notez au passage que, si vous regardez la composition de l'équipe, vous trouverez
ceci : « pédiatres, médecins généralistes, ophtalmologistes, orthoptistes et podologues ». Il n'y est pas question de psychologues, de neuropsychologues ou d'orthophonistes.
Pour ces derniers, je relève sur le site ProDys (extraits d'un rapport officiel de 2002, je ne sais lequel …) :
« • Les bilans de langage et les bilans orthophoniques sont longs à administrer et sont côtés sur la base de consultations ordinaires, ce qui n'est guère intéressant financièrement pour les
professionnels en libéral ;
• Jusqu'alors, la dyslexie était considérée comme le domaine que se réservaient les orthophonistes ; ces derniers sont à présent insuffisamment formés à traiter l'ensemble des troubles complexes du
langage.
• Il n'existe aucune offre de soins en libéral regroupant dans un même lieu tous les professionnels susceptibles d'intervenir dans le dépistage, le traitement, et le suivi des différents formes de
dyslexie. » (N.B. Tiens, je croyais que ProDys ne traitait que le SPD. Alors, pourquoi cette citation d'un texte officiel ?...)
Vous me direz que la prise en charge orthophonique se poursuit en dehors de l'intervention de ProDys. C'est à souhaiter mais la présentation n'en reste pas moins troublante.J’ajoute cette citation
du professeur Quercia (
ICI): «
C'est
révolutionnaire. Je dis qu'actuellement toutes les méthodes qui sont utilisées sont des méthodes qui aident l'enfant à contourner les difficultés mais ce qu'à trouvé M. da Silva : la
proprioception, est au centre de la dyslexie, ce n'est pas une technique, c'est au centre. Sur les 300 dyslexiques que j'ai examinés, tous ont des troubles proprioceptifs ».
Quoi d'étonnant alors de voir que le web est plein de forums où des parents inquiets et remplis d'espoirs demandent comment prendre rendez-vous avec le docteur Quercia ?... Et, dans ces conditions,
comment l’orthophoniste peut-il motiver un enfant à poursuivre une rééducation et y faire participer les parents ?.
Je ne voudrais vraiment pas polémiquer ou entrer dans une bataille de chapelle. En gros, tous les orthophonistes seront sans doute d'accord avec moi : « le traitement du
SDP (s'il existe, voir plus loin) n'est pas un traitement direct de la dyslexie et la dyslexie ne se guérit sans doute pas ». Et les orthophonistes n'ont aucune raison a priori de penser que la
dyslexie ne relève que de l'orthophonie et que l'ophtalmologie n'aurait rien à dire sur le sujet. Si j'ai un enfant qui présente des signes de dyslexie, des maux de tête, un déséquilibre postural
…, je n'hésiterai pas à l'envoyer chez un ophtamologue et à lui parler de posturologie. J'écouterai son avis.
Patrick Quercia, Fabrice Robichon, et Orlando Alves da silva sont, sauf erreur de ma part, les créateurs de la méthode (Quercia et Alves da silva sont ophtalmologues, seul Robichon est
neuropsychologue) et vous admettrez que des affirmations du genre « Les dyslexiques présentent vraisemblablement … » ne sont pas des arguments très scientifiques (Extrait du seul livre disponible
et publié par une association bien sympathique sans doute mais non reconnue comme éditeur scientifique, que je sache… "Dyslexie de développement et Proprioception : approche clinique et
thérapeutique » écrit par Patrick QUERCIA, Fabrice ROBICHON et Orlando ALVES DA SILVA est édité par Graine de lecteur et s’adresse en premier lieu aux ophtalmologues).
Ce que je reproche à cette méthode (je le répète, sans en nier a priori l'intérêt potentiel pour certains patients : les lunettes prismatiques ont un effet démontré en cas d'héminégligence il
me semble), c'est l'ambiguïté de la démarche qui consiste à se présenter au public comme un traitement de la dyslexie et de présenter le SPD comme la « cause » de la dyslexie de nombreux enfants
(tout SDP n'entraîne pas une dyslexie et tout dyslexique ne souffre pas d'un SDP, contrairement à ce que dit le professeur Quercia; à moins bien entendu que le SDP soit un véritable
fourre-tout).
Quant à l'évidence des bienfaits de la méthode sur les déficits cognitifs des dyslexiques, je ne demande qu'à voir. Mais vous admettrez que l'on peut douter puisque, dix ou vingt ans après la «
découverte fortuite de l'association entre dyslexie et SDP », on attend des publications. Deux publications sont en effet annoncées (je ne sais pas quelle revue les publiera) et, sous le manteau,
courent des infos comme quoi elles montreraient une légère amélioration de la lecture chez certains dyslexiques, une diminution des performances en lecture chez d'autres (modifier les images
rétiniennes n'est peut-être pas anodin) et aucun effet sur les mesures qui portent sur les aspects cognitifs.
Bref, une affaire à suivre sans doute mais, pour l'instant, je reste prudent et j'attends des publications autres que le livre des créateurs dont je ne doute pas de l'honnêteté mais auxquels je
continue à reprocher l'empressement qui malheureusement et selon moi « frise le charlatanisme scientifique ». Croyez que je ne cherche à offusquer personne. Même si j'aurais pu, je le reconnais,
choisir d'autres mots.
Si quelqu'un a une bibliographie plus fournie à proposer, je veux bien tenter de m'y coller. Avec un regard critique.
Remarquez que, si j'en crois ce qu'on en dit à l'adresse suivante (table ronde tenue en 2005), mon engagement n'est pas très risqué : il n'y a RIEN depuis 1987 et même l’existence du syndrome SDP
n'est pas sans poser des questions et il n'est pas enseigné aux ophtalmologues (mais là je m'avance un peu trop peut-être…).
http://pmgagey.club.fr/SDPCritique.htm (à lire absolument) La bibliographie se réduit à ceci :- HM Da
CUNHA et OA Da SILVA (1986). Le syndrome de déficience posturale. Son intérêt en ophtalmologie. Journal Français d’Ophtalmologie, 9 : 747-755.
- HM Da CUNHA et OA Da SILVA (1986). Disturbances of binocular function in the postural deficiency syndrome. Agressologie, 27 : 63-67.
- HM Da CUNHA (1987) Le syndrome de déficience posturale (SPD), Agressologie, 28 : 941-943.
- Da SILVA, OA. (1987) Directional scotometry and prismatic correction in postural deficiency syndrome Agressologie 28: 945-46 Et ces articles, qui disent tous la même chose, n’ont jamais été
cités par d’autres auteurs.
Pour terminer, je reprends encore un extrait du site ProDys : « Au final, les parents d'enfants dyslexiques sont trop souvent ballottés d'un médecin à un autre, et comme le souligne un rapport
officiel de 2002, « le parcours d'un enfant atteint de troubles complexes du langage s'apparente souvent à un parcours du combattant ». Je suis d'accord !!!
Mais alors…
Bah oui, je fais du bruit pour rien. Mais c'est peut-être nécessaire...
P.S. Lisez les commentaires. Le Professeur Fabrice Robichon nous fait le plaisir de
répondre lui-même à nos interrogations. Note ajoutée le 30 octobre 2006 Voici cependant une référence :P. Quercia, A. Seigneuric, S.
Chariot, P. Vernet, T. Pozzo, A. Bron, C. Creuzot-Garcher, F. Robichon. Proprioception oculaire et dyslexie de développement. À propos de 60 observations cliniques. J Fr. Ophtalmol., 2005; 28, 7,
713-723.
Je vous laisse apprécier et commenter : 60 garçons dyslexiques sur 60 souffrent d'un SDP. Et x enfants non dyslexiques sur x aussi je suppose...
Note ajoutée le 31 octobre 2006
On lira aussi avec intérêt ce petit article de Franck Ramus dans le Bulletin du Cercle de Neurologie Comportementale n°22, pp 12-13 (Avril 2005) : Neurobiologie de la dyslexie
développementale.
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